Cette enquête documente les impacts environnementaux et socio-économiques des nouvelles plantations de cacao à la frontière Libéria-Côte d’Ivoire (plus précisément la forêt Taï – Grebo-Krahn qui s’étend sur les deux pays). La surveillance indépendante des forêts (IFM) a été menée par l’ONG libérienne Save My Future Foundation (SAMFU) et l’ONG ivoirienne l’Association Initiatives pour le Développement communautaire et la conservation de la Forêt (IDEF), afin de répondre à trois questions:
Les plantations de cacao continuent-elles à favoriser la déforestation, et cela affecte-t-il les zones protégées ? Oui, la baisse de la productivité du cacao en Côte d’Ivoire et les opportunités de subsistance limitées au Libéria soutiennent l’expansion du cacao vers les zones forestières, y compris les parcs nationaux. La tendance à long terme est que la déforestation en Côte d’Ivoire se déplace vers le Libéria, avec des conséquences potentiellement tout aussi dévastatrices.
La baisse des prix du cacao a-t-elle un impact sur la déforestation ? Non, on a dit à la SAMFU : « Même si le prix est bas, nous continuerons à cultiver car il n’y a rien d’autre à faire ». La décision de vendre le cacao est influencée par la langue, la monnaie, la famille, les relations, et pas simplement le prix. Les terres forestières de Grand Gedeh sont attribuées aux personnes qui parrainent des migrants pour voyager, leur promettant du travail dans les plantations de cacao. Ces terres sont fournies par des contrats faibles, tandis que les frontières floues entre les terres communautaires et les zones protégées créent des opportunités d’empiètement et de conflits. Les approches axées uniquement sur l’application des lois forestières, foncières et d’immigration ont peu de chances de réussir sans être accompagnées d’une gouvernance foncière renforcée, d’un soutien aux moyens de subsistance et d’un développement des infrastructures.
À quoi ressemble la chaîne d’approvisionnement du cacao post-récolte ? Il existe d’importants défis de traçabilité pour les gouvernements, les exportateurs et les acheteurs de cacao qui cherchent à démontrer des chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation et la conformité au Règlement européen sur la déforestation (EUDR). Des réponses efficaces nécessiteront une coopération à long terme entre le Libéria et la Côte d’Ivoire, impliquant les agences gouvernementales, les communautés locales, les organisations de la société civile et les acteurs du secteur privé.
